Mes amis discutent au dehors, et je tape sur mon clavier. Ma volonté première n'est pas de m'exclure du groupe; il serait plus juste de souligner ma volonté, peut être utopique, de figer l'instant, et de tenter de le cristalliser en un texte. Je sais que je ne suis pas un écrivain, et qu'il me faudra encore parcourir un long chemin pour espérer le devenir; cependant, j'ai vécu une soirée exceptionnelle, et, aux portes de l'enfer, je tiens à m'en souvenir. L'écriture est le moyen que j'utiliserai ce soir.
Les vacances sont sur le déclin, tout le monde ici le sait. Mais nous ignorons l'évidence, comme pour mieux contourner l'inévitable. En réalité, afin d'oublier l'engrenage qui nous amènera irrémédiablement à la rentrée universitaire, nous nous sommes réunis. Les rires, le barbecue, et surtout l'évocation d'un nombre interminable de souvenirs communs prolongent l'illusion estivale. Je me suis rappelé énormément d'excellents moments. Ma terminale littéraire? Une année extraordinaire, que je n'aurais échangé pour rien au monde. Les mauvais souvenirs ? Oubliés, ou recyclés en éclats de rire. Se lever tous les matins avec un sourire aux lèvres, passer des heures avec des mêmes gens que vous aimez... Discuter avec Timothée et Marie jusqu'à ne plus pouvoir différencier nos voix. Retrouver tous les matins Caro et sa bande, tous les jeudi ma jumelle. Comprendre chaque jour un peu plus le mot “amour” , mais affronter l'indicible quand il s'agit de l'expliquer. Montaigne disait de son ami La Boétie, dans une citation du livre 1 des essais de montaigne, citation que je rabache sans cesse: “Si on me presse de dire pourquoy je l'aymoys, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en respondant : Par ce que c'estoit luy, par ce que c'estoit moy.” Je ne peux guère mieux expliquer l'amitié que je tenais à mes plus proches camarades, même au travers de ces quelques lignes.
Nous nous sommes tellement amusés que finalement, nous n'avons pas dormi. Nous nous sommes baladés sans Douai; et, sur un pont, nous nous sommes arrêtés, et sommes restés dans une légère contemplation de la Scarpe. Une idée surgit, et je m'empresse de l'exprimer: et si nous allions chez Melle Squaratti? Allo Houston, Nannick a un problème: ils sont tous partants! Je me retrouve avec le téléphone de Rapha dans les mains aux pieds de l'immeuble; et je réveille ma prof de français et latin à 7 heures du matin. Cet acte me semble extrèmement étranger...et pourtant, je ne rêve pas; c'est bien moi qui suis en train de le réaliser. Quelques heures plus tard, je termine le petit déjeuner par un croissant, apporté par notre enseignante qui nous a rejoint dans le jardin de Tim. Vision surréaliste; la barrière enseignants élèves n'a jamais été aussi flottante, et ne pourra jamais l'être plus.
Nous revenons ainsi à l'enseignement. Il sera, j'espère, un compagnon fidèle, pour le reste de ma vie; il aura été le moteur de ma formation et sera si mes projets se concrétisent mon métier. La vie se passera, et n'aura jamais rien de vraiment paisible; tout ce que je souhaite, au fond et après cette soirée, c'est ne jamais perdre mes amis. Croyez moi, la vie n'a rien d'intéressant quand on la vit seul. Tout le monde le sait, d'ailleurs; mais tout ira bien, j'ai confiance.
(Sur la photo, on remarquera l'absence de Tim, juché sur une chaise pour prendre la photo, et d'un couple très occupé..Allez savoir ce que faisait Caro (on voit un bout de sa manche) ac Alexis! =D)